Hommage à Nicole Tandeau de Marsac-Lévêque (1944-2020)

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre collègue et amie Nicole Tandeau de Marsac, épouse de l’architecte Dominique Lévêque, survenue le 31 juillet 2020 à l’âge de 76 ans.

En possession d’une maîtrise de Biologie végétale obtenue à l’Université de Paris VI, Nicole débute sa carrière scientifique en 1969 au laboratoire de Photosynthèse à Gif-sur-Yvette dans le groupe de biochimie végétale dirigé par le Dr Claude Péaud-Lenoël. En collaboration avec Jean-Pierre Jouanneau, elle effectue un travail remarquable sur la différenciation cellulaire chez les végétaux. Elle entreprend avec succès le clonage de cellules de tabac dont elle étudie la sensibilité vis-à-vis de l’hormone cytokinine et isole des lignées cellulaires capables de se multiplier en condition photosynthétique. Ce travail fait l’objet de sa thèse de 3e cycle soutenue en 1972. Elle est  alors nommée attachée de recherche au CNRS. Souhaitant rester dans la région parisienne, Claude Péaud-Lenoël qui délocalise son équipe à la Faculté des Sciences de Marseille-Luminy, la confie avant son départ au Pr Roger Y. Stanier. Ce dernier, taxonomiste réputé des Cyanobactéries, venait de prendre la direction de l’Unité de Physiologie microbienne à l’Institut Pasteur, accompagné de son épouse Germaine Cohen-Bazire. Nicole entreprend alors l’étude de la biosynthèse des phycobiliprotéines, pigments collecteurs de lumière chez les Cyanobactéries et développe une approche physiologique et biochimique du phénomène d’adaptation chromatique. Elle soutient en 1978 sa thèse de doctorat d’Etat à l’Université de Paris VI. L’année suivante, elle effectue un stage dans l’Unité de Physiologie cellulaire de Jean-Paul Aubert à l’Institut Pasteur et participe aux recherches du laboratoire sur la fixation de l’azote chez les bactéries. De retour dans le laboratoire de Physiologie microbienne, elle initie un programme audacieux de génétique moléculaire chez les Cyanobactéries. Elle est alors nommée chargée de recherche au CNRS. La mort prématurée de Roger Stanier en janvier 1982 la conduit à prendre la responsabilité de l’équipe qu’elle anime en collaboration avec Jean Houmard et succèdera à Germaine Stanier à la direction de l’Unité de Physiologie microbienne à la fin des années 80. Commençait alors pour Nicole et son groupe la grande aventure de la biologie moléculaire des Cyanobactéries, en particulier par le clonage pour la première fois d’un gène codant pour une protéine des vésicules à gaz qui permettent aux cyanobactéries de flotter dans les colonnes d’eau.

Les principaux travaux effectués par Nicole chez les Cyanobactéries ont porté sur l’étude des mécanismes moléculaires de la photorégulation impliqués dans la synthèse des protéines des phycobilisomes et dans les phénomènes de morphogénèse. Elle a développé en particulier une analyse de l’expression génétique au cours de la transformation des trichomes végétatifs en hormogonies avec apparition des vésicules à gaz, travail effectué chez la cyanobactérie filamenteuse Calothrix. Nicole a entrepris aussi un important travail sur l’étude de l’assimilation de l’azote. Elle a fait l’analyse de la régulation de l’expression des gènes codant pour la  glutamine synthétase et les phycobiliprotéines, clonés chez Calothrix, en réponse aux variations des signaux extérieurs et elle a entrepris l’étude du rôle joué par la protéine régulatrice PII dans la coordination de l’assimilation de l’azote et du carbone. Le clonage du gène gnlB codant pour ce régulateur chez la cyanobactérie unicellulaire Synechococcus et l’obtention de mutants, ont conduit au décryptage de certains mécanismes de perception des signaux de l’environnement en interconnexion avec l’expression du génome.

Un autre volet important du travail de Nicole s’est orienté vers l’étude des cyanobactéries des eaux douces, productrices de toxines pour certaines d’entre elles, dont la prolifération pose un vrai problème de santé publique. Nicole s’est intéressée à la cyanobactérie  hépatotoxique Microcystis aeruginosa, potentiellement mortelle pour l’homme, et a entrepris l’étude de son génome. L’analyse de mutants a conduit notamment à l’identification des douze gènes codant pour les protéines composant les vésicules à gaz produites en masse au cours de la prolifération. Son laboratoire a permis d’autre part, d’identifier des cyanobactéries neurotoxiques du genre Oscillatoria proliférant dans le tarn, responsables de la mort d’animaux. Nicole a participé aussi au séquençage complet de la cyanobactérie Prochlorococcus marinus SS120, organisme photosynthétique des océans tropicaux. Enfin, sa contribution à l’étude taxonomique des cyanobactéries doit être soulignée. Elle a œuvré durant toutes ces années au maintien et à l’exploitation de la riche collection de cyanobactéries que possède l’Institut Pasteur et a participé activement à une révision de leur classification.

Directrice de recherche au CNRS, de renommée internationale, Nicole a établi de nombreuses collaborations avec des laboratoires français et étrangers, en Europe, aux USA, en Asie, notamment avec la Chine. Elle est l’auteur de plus de 120 articles publiés dans des journaux internationaux et de plusieurs revues qui font toujours autorité.

Elle a pris sa retraite en 2009 et s’est retirée en Provence où elle a  développé des  talents insoupçonnés de photographe et de peintre. Femme exceptionnelle, passionnée par la recherche, ayant trouvé la confiance en elle auprès de ses maîtres tout en restant d’une grande modestie, scientifique talentueuse d’une rigueur exemplaire, Nicole était une personnalité attachante, chaleureuse et fidèle avec ses amis, attentive et aimante pour les siens.

Elle a été inhumée au cimetière Campbeau de Châteauneuf-de-Gadagne dans le Vaucluse, en sa Provence qu’elle affectionnait tant.

Michèle Axelos Péaud-Lenoël

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